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L’année fraîche, qui contraste avec les deux millésimes solaires précédents, donnera des vins «sur le fruit», promesse d’œnologues.
Foi de vigneron, les années en 4 sont toujours terribles! Le millésime 2024 ne fait pas défaut. Entre les gels de printemps, la grêle et le mildiou, le développement de la vigne a ressemblé à une course d’obstacles. Aucune région n’a été épargnée. Alors que le bal des caissettes commence ici et là, nous sommes allés rencontrer des producteurs, un au nord, une à l’ouest, les derniers à l’est.
En Côtes de l’Orbe, Christian Dugon a commencé les vendanges il y a six jours, avec le garanoir, «un peu plus tôt que d’habitude, en raison des drosophiles suzukii (ndlr: petit mouche qui pond ses larves dans les raisins rouges), qui apprécient les années fraîches et humides». Dans les lignes qu’il parcourt du regard, du côté d’Agiez, les grappes sont prêtes. Et sucrées, ce qui n’a pas échappé à une nuée d’étourneaux. «On ne les avait pas encore trop vus jusque-là», souligne le vigneron.
Christian Dugon qualifie 2024 d’année «moyenne», eu égard aux conditions météo. Le gel d’avril lui a fait perdre 40% de son gewurztraminer et jusqu’à 25% d’autres cépages du côté de Corcelles-sur-Chavornay. «Puis on n’a pas trop mal géré la pression du mildiou et de l’oïdium, car jusqu’à la floraison, on traite de manière conventionnelle avant de passer à la méthode bio.» Ce sont plutôt les pluies froides qui tombent un jour sur deux au moment où se fait la qualité du futur vin qui lui causent du souci. «On s’achemine vers un millésime porté sur le fruit. Plus frais en tout cas que les deux précédents», estime Christian Dugon.
Pour tenter de contrer les effets de la météo capricieuse, il cultive depuis plusieurs années des cépages résistants aux champignons, «PiWi» dans le jargon. Il vinifie déjà du divico et du cabernet noir, un peu moins de cabernet dorsa («trop sensible aux drosophiles»), et pourra bientôt évaluer le potentiel du divona planté en 2023. Il participe aussi à des tests conduits par les stations de recherche agronomique en cultivant trois croisements de gamaret (avec du merlot, de l’humagne rouge et du nebbiolo), plus robustes face à la pourriture.
Au cours de la saison viticole qui s’achève, un traitement phytosanitaire a tout de même été nécessaire, mais Christian Dugon est persuadé que ces nouvelles variétés, qui nécessitent moins d’interventions que les traditionnelles, représentent l’avenir de la profession.
Chez les Perey, tout le vignoble est cultivé en bio. Solange Perey, 39 ans, exploite deux domaines avec sa sœur Lucie et son frère Tristan:le Domaine de la Balle à Vufflens-le-Château et celui des Abbesses à Échandens. Soit 11 hectares et 24 cépages différents, même si le chasselas y reste roi. Cette culture douce, revendiquée par le trio, amène son lot de contraintes.
«Nous sommes tenus de traiter la vigne, même pour du bio. Contrairement aux produits conventionnels, ceux que nous utilisons ne rentrent pas dans le grain. Ils restent à la surface», explique Solange Perey. C’est moins agressif pour le raisin mais aussi moins pratique pour les exploitants. Surtout quand il pleut. «Chaque fois qu’il tombait 20 millimètres, le produit était lessivé. Nous devions tout recommencer. Je me souviens d’une semaine où nous avons dû traiter nos vignes trois fois d’affilée.»
Malgré cela, la vigne a été relativement épargnée par le mildiou. «Nous cultivons 70% de chasselas. Ce n’est ni le plus sensible ni le plus résistant à la maladie. Difficile à estimer avant l’encavage, mais nous pourrions avoir perdu entre 20 et 30% de la récolte.» Côté gel, les brises nocturnes comme le morget ont également protégé les vignes.
Dans tous les cas, les caprices du ciel n’effraient pas Solange Perey, qui garde le sourire. «Cela participe à la beauté du métier. Chaque année est différente.» Voire paradoxale. Car si l’été 2024 a été pluvieux, il n’a pas forcément manqué d’ensoleillement.
Résultat: «Il y a moins de grains, mais le raisin est joli, et le sucre est bien là. La photosynthèse a fait son travail.» Doit-on s’attendre à ce que cela se répercute sur le prix des bouteilles? «Nous avons malheureusement très peu de flexibilité à ce niveau», répond la viticultrice. Dans un marché tendu et toujours plus soumis à la concurrence étrangère, «difficile de trouver des acheteurs qui sont prêts à mettre 25 francs pour une bouteille».
Au Domaine Louis Bovard à Cully,on compare forcément la météo à celle de 2021. «Mais en 2021, on avait eu un automne magnifique!» plaisante Jérémy Tinguely, comme pour conjurer le sort.
Malgré les vendanges annulées pour cause de pluie ce mardi matin et une séance photos entre les gouttes, le vigneron tâcheron positive: «La météo prend part à notre travail, et cette année, on en sent en effet beaucoup l’impact. Mais un millésime, c’est quelque chose de vivant!»
Fabio Bongulielmi, directeur du domaine, enchaîne: «Comme la terre et l’élevage, le temps donne du caractère au vin et nous permet de bien en parler.»
N’empêche, les deux admettent que 2024 est une «année particulière» qui comporte des «défis à relever». Déjà au moment de la floraison, mi-juin. «Il pleuvait et il faisait froid, ce n’est pas idéal pour passer la fleur, euphémise Jérémy Tinguely. Les travaux de la feuille ont été hyper importants pour aérer et mettre toutes les chances de notre côté.»
Car tout découle de cette étape cruciale, après laquelle on compte théoriquement cent jours pour fixer la date des vendanges. Cette année, on ne commencera pas à vendanger le chasselas avant cent quinze jours minimum. «Le taux de sucre était particulièrement bas à la fin août, au début des sondages, se souvient Fabio Bongulielmi. Nous effectuons un monitorage constant à la vigne.»
Et pour un domaine qui s’étend sur cinq appellations, de Saint-Saphorin à Lutry en passant par le Dézaley, avec autant de sols et de microclimats, c’est un travail de chaque instant. «La vigne, si vous prenez du retard, c’est foutu, illustre Jérémy Tinguely. Si vous prenez dix heures pour effeuiller 1 hectare, il vous en faudra vingt-cinq la semaine d’après. Et cette année, l’herbe poussait encore plus vite que la vigne!»
Le vigneron glisse un mot facétieux en conclusion: «Les millésimes un peu plus acides tiennent mieux sur la longueur.» Fabio Bongulielmi abonde: «Dernièrement, on a dégusté un Dézaley 1984 (ndlr: une terrible année en 4) avec la Baronnie, c’était impeccable!»
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