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Ingénieur agro et œnologue, Marie-Laure Latorre est la directrice, depuis 2018, du château Jean Faure, cru classé de Saint-Émilion (18 hectares). À l’origine du premier symposium sur le cabernet franc, qui s’est tenu dans cette propriété début juin, elle fait le point sur ce cépage rouge. Bien présent dans le Libournais, mais trop méconnu, il a des atouts qualitatifs, notamment à l’heure du réchauffement climatique.
Pourquoi avoir organisé ce symposium sur le cabernet franc ?
Parce que l’on sait peu de choses sur lui. Les cépages merlot et cabernet sauvignon – les rouges les plus plantés en Gironde – ont fait l’objet de bien plus d’études. Le cabernet franc occupe historiquement les deux tiers des surfaces de Jean Faure (merlot 25 % et malbec 5 %) et nous y tenons beaucoup. Les plus anciens ceps remontent aux années 1930. Pour préparer le dossier, lors du renouvellement du classement de Saint-Émilion en 2022 – et donc trouver des axes de progression pour nos vins –, j’ai cherché des informations. C’était triste, il n’y avait presque rien. C’est un parent pauvre. Par exemple, les pépiniéristes ont très peu de variétés à proposer. Une centaine de techniciens et vignerons, venus principalement du Val de Loire (Clos Rougeard, Domaine des Roches Neuves…) et de Gironde, étaient au symposium.
Quel enseignement principal tirez-vous de vos travaux ?
Que le cabernet franc revient dans le jeu, notamment avec le réchauffement climatique. Et donc qu’il peut apporter, en assemblage avec les autres cépages, toutes ses qualités. Comme le petit verdot, il a été plutôt délaissé car il avait du mal à mûrir. Le merlot leur a été souvent préféré à tous les deux. Aujourd’hui, les étés sont plus chauds, les maturités arrivent plus facilement et on récolte plus tôt. À Jean Faure, jusqu’en 2014, le cabernet franc ne dépassait pas les 50 % dans les assemblages pour le premier vin. Depuis 2017, il est devenu dominant, c’est un signe qu’il est de plus en plus meilleur. À terme, tout notre cabernet franc pourrait être dans le premier vin.
Par contre, le cabernet franc souffre plus que d’autres de la sécheresse…
Oui, il résiste moins bien au stress hydrique. Il s’épanouira sur des terroirs contenant de l’argile – qui agit comme une éponge pour retenir l’eau – et non sur des sols de graves ou de sable, plus filtrants. Ceux qui voudraient planter ce cépage doivent faire attention à ça. Autre inconvénient, ce cépage, qui est un des plus anciens, donne des rendements moins généreux que le merlot. Chez nous, il atteint autour de 45 hl/ha. Au niveau des maladies touchant les vignes, il n’est pas plus sensible que d’autres.
Que peut-on dire sur le goût donné au vin par ce cépage ?
À maturité, il a un beau potentiel aromatique et une fraîcheur bienvenue. De la légèreté aussi. Il n’est pas dans la catégorie des cépages amenant de la structure, des tanins ou de la couleur. Il n’aura jamais la puissance d’un cabernet sauvignon ni la rondeur d’un merlot. En complément, dans un assemblage, il donnera une meilleure buvabilité au vin. À noter aussi que le cabernet franc n’était pas à la mode dans les années 1990 et au début des années 2000 car le critique américain Robert Parker – très influent pour les achats de vin – préférait les vins pleins de puissance.
Comment voyez-vous son avenir ?
Mal aimé hier, il suscite de l’intérêt aujourd’hui, en Val de Loire comme chez nous. On le voit revenir. Des châteaux leaders, comme Cheval Blanc (Saint-Émilion) y croient et nous ont fait part de leur expérience. Certains domaines se lancent même des cuvées 100 % cabernet franc, y compris pour des crémants (1). Il nous faut par ailleurs travailler sur la capacité de vieillissement de ce cépage, là aussi nous ne savons presque rien. Les instituts techniques devraient réamorcer la pompe avec des essais et autres études. Et on organisera peut-être un autre symposium pour faire le point. J’ai envie d’aller plus loin et de combler le déficit de notoriété de ce beau cépage..
(1) Par exemple aux châteaux Lisennes, Haut-Meyreau, Les Vergnes ou Penin.
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