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Cépage roi du cognac et de l’armagnac, l’ugni blanc afficherait une plus grande fragilité face à la sécheresse que beaucoup de ses congénères. C’est ce qu’il ressort d’une étude bordelaise menée entre 2020 et 2021 sur les 30 cépages les plus cultivés dans le monde et dont les résultats ont été rendus publics le mois dernier.
Huit chercheurs travaillant à l’université de Bordeaux ou à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) ont mesuré durant près de deux ans la résistance de l’appareil vasculaire de différentes variétés de vignes dans un contexte de réchauffement climatique et d’épisodes de sécheresse plus intenses et plus fréquents.
« C’est une première, livre Sylvain Delzon, directeur de recherche en écophysiologie des plantes. Nous n’étions pas capables auparavant de mesurer la résistance de la vigne dans ces conditions. » Tout a été rendu possible grâce au développement du « mégacavitron », un appareil prototype disponible au sein de la plateforme scientifique Phénobois (université de Bordeaux et Inrae) : une centrifugeuse qui, pour les esprits les plus techniques, reproduit le « phénomène de cavitation » responsable de l’apparition de bulles d’air (embolie) dans la plante.
Au final, dans le top 10 des cépages classés les plus vulnérables, on retrouve donc l’ugni blanc, outrageusement dominant dans les Charentes, mais également d’autres variétés « stars », comme le chardonnay (Bourgogne ou Champagne) ainsi que le cabernet franc, emblématique de la Loire et solidement planté en Gironde. On retrouve aussi des variétés hybrides (floréal, vidoc et voltis), créées pour mieux résister aux maladies, jugées très à risque face au manque d’eau. « Cette étude démontre le besoin d’utiliser une approche intégrée et multifactorielle de la recherche dans le domaine, en étudiant la résistance phytopathologique conjointement à la résistance à la sécheresse ou au gel tardif », explique-t-on à l’université de Bordeaux.
À l’inverse, les deux grands cépages du Bordelais (cabernet sauvignon et merlot), tout comme le pinot noir (Bourgogne) ou la syrah (Côtes-du-Rhône) figurent parmi les plus résistants. « L’ugni blanc se montre clairement très vulnérable mais, en Charente, il fait beaucoup moins sec que dans le sud de la France, relativise Sylvain Delzon. On ne sait pas si au champ [sur le terrain, NDLR], il a encore une marge de sécurité. Nous n’avons pas mesuré l’intensité de sécheresse de chaque vignoble. »
Cela fait d’ailleurs l’objet d’une nouvelle étude, réalisée en partie par les mêmes scientifiques. Cette fois-ci, ils utilisent la « télédétection spatiale » (images satellitaires) pour mesurer la teneur en eau du sol des grands vignobles dans le monde. À la fin, cette étude permettra de « déterminer quels sont les cépages proches de leur seuil de rupture et quels sont les cépages qui ont encore une marge de sécurité importante », précise Sylvain Delzon.
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